La télégraphie aérienne à Bayonne 1823-1853

par système Chappe

par Jacques Conséjo - Publication de la BVAPA (n°5 janv 1996) ISSN 1165-9556 - (modifié le 25 août 2009)

1 - l'expérimentation................................... 8 - L'exploitation Chappe à Bayonne 1823-1853

2 - Le réseau ............................................. 9 - Le prolongement de la Ligne en 1847

3 - Le système chappe.............................. 10 - Les sites Chappe sur la Côte-Basque

4 - Le matériel, les lunettes........................11 - Le semi-échec de Monsieur Alphonse FOY

5 - Une affaire de famille.............................12 - Et aussi quelque interrogation

6 - Fin de organisation des Chappe ........13 - La DÉCOUVERTE RÉCENTE du site d'Urrugne

7 - Les Tours Chappe.................................14 - La Tour Lannes (Anglet) et la tour Marracq (Bayonne) 15 - Conclusion

1 - L' EXPERIMENTATION

l Le 15 Août 1794, une dépêche historique "télégraphique" annonce à Paris, la reprise du Quesnoy par les troupes de la République. Le 30 Août 1794, Carnot monte à la tribune de la Convention pour annoncer, en pleine séance, la reprise de Condé, le matin même. Ce sont les premières dépêches transmises par la ligne de Télégraphie aérienne de Monsieur Chappe. C'est ainsi que les livres d'histoire signalent la naissance du service des Télécommunications avec mise en place d'un système fiable et d'un réseau de transmission.

l Mais qui était donc ce Monsieur Claude Chappe (1763-1805) ?

l En 1790, à Brûlon dans la Sarthe, la famille Chappe (et notamment le père) a perdu toute place et tous ses privilèges financiers avec l'avénement de l'administration révolutionnaire. Claude Chappe est le 2ième fils de cette famille composée de 5 frères, c'est alors un "honnête" expérimentateur en matière d'électricité statique, un autodidacte curieux. En 1790 Claude Chappe, aidé par 2 de ses frères, Pierre-François et René, effectuent des essais de "transmissions" à distance, et ce, afin de trouver des débouchés pour la famille.

l En fait Claude Chappe reprend des expérimentations de transmission aérienne de "signaux" annoncées au siècle précédent par divers physiciens. Notamment les essais du français Guillaume Amontous (1663-1705) cités avec éloge par Fontenelle, mais également de l'anglais Robert Hooke en 1672, ou d'autres essais dits de Synthématographie de l'allemand Bergsträsser, en 1784.

l La première expérimentation de Claude Chappe fut l'emploi de 2 pendules en harmonie (ou synchrones) dont l'aiguille des secondes examinée à distance par un télescope, indiquait au "top" prédifini l'ouverture et le déplacement d'un panneau pivotant percé. Le système émis ou examiné à distance transmettait une série de points ou chiffres correspondant à un code secret. Par la suite il remplaca le fanal par le "son" ou le "bruit" de 2 "casseroles". Compte-tenu de la complexité et de la précision des pendules du XVIII° cette expérience fut un échec total. Mais Claude Chappe et ses frères cherchaient toujours.

l Les recherches de Claude Chappe aboutirent à un système de 3 bras articulés, formant des figures géométriques, dont chaque figure correspondait à un chiffre ou un nombre, selon un "vocabulaire" pré-établi, transmis de site à site, entre 2 points distants. Claude Chappe baptisera au départ son invention Tachygraphe, afin d'exprimer un gain de rapidité par rapport aux moyens de transmissions de messages, existants de l'époque, soit la Poste aux Lettres ou la Poste aux Chevaux.

l A cette époque l'Assemblée Nationale encourageait toute démarche ou toute expérience "utile au bien Public". De plus, le pouvoir étant "en danger" recherchait des moyens de communication rapides avec son armée, ses frontières, ses comités dans la France entière. Claude Chappe présenta son invention à la Convention Nationale, sous la haute protection de Joseph Lakanal conquis par le bien-fondé de ce projet. Il sera également bien épaulé par son frère Ignace qui devient en 1791 député de la Sarthe. Il obtiendra l'autorisation et le financement d'une ligne expérimentale entre Ménilmontant et St-Martin-du-Tertre, opération qui fut un succès. En fait Claude Chappe offrit gratuitement son invention au gouvernement, il ne sera donc pas nécessaire de la "nationaliser".

l Puis la Convention décidera de la création de la première ligne (à grande distance) entre Paris et Lille, et Claude Chappe sera nommé Ingénieur Thélégraphe (sic), avec appointements d'un Lieutenant du Génie. Cette invention qui prend le nom définitif de Télégraphie Aérienne est un élément de prestige de la jeune République, un moyen sûr de surveiller les frontières du pays, mais aussi de surveiller les armées que guette l'insubordination à l'époque.

Le réseau de Télégraphie Aérienne va se mettre progressivement en place, à partir de 1794.

2 - LE RESEAU

l La carte çi-dessus nous montre l'état du réseau à différentes époques. Il existait également un réseau Chappe en Afrique du Nord. En ce qui concerne notre région, la liaison de Paris à Bordeaux et Bayonne est décidée en Septembre 1822, avec quelques difficultés dans le choix du constructeur avec la concurrence de l'amiral de St Havouen protégé par un membre de la famille royale. La décision de la création de ligne Paris-Bayonne est la conséquence d'une possible perspective de guerre avec l'Espagne, évoquée au congrès de Véronne. Devant la carence de St Havouen, les Chappe reprennent les travaux et la construction des tours-relais débute en septembre 1822, se termine en Mars 1823 et le 8 Avril 1823, la liaison Paris-Bayonne est officiellement en service. Cinq mois de travaux furent nécessaires. Nous avons dans notre région quelques rares vestiges de tours Chappe. C'est donc le denier tronçon de la ligne que je vais évoquer.

3 - LE SYSTEME CHAPPE

l Le principe fondamental du système Chappe est la transmission d'un signal visuel (codé) soit une figure géométrique, à partir d'un point émetteur, à l'aide de "bras" articulés. Ce signal est reçu en un autre site par un agent télégraphier qui scrute avec une longue-vue, le site émetteur. A son tour l'agent transmet avec le même mécanisme le signal vers un autre site distant, c'est la retransmission. Le même signal est donc répété 15 fois sur une ligne qui comprend 15 sites relais de transmission.

l La vitesse de transmission d'un message sera d'autant plus rapide et performante qu'il y aura un nombre faible de relais de retransmission. Ainsi les tours Chappe sont distantes d'environ 8 km, suivant la topographie du terrain, mais également de la "performance" des lunettes de visée.

l Les agents en poste à chaque tour sont nommés par l'Administration du télégraphe, des "stationnaires", parcequ'ils sont en "station". Ils sont 2 par tour ou station : l'un lit les signaux avec sa lunette de visée, l'autre manipule l'appareillage pour retransmettre les signaux à raison de 2 à 3 signaux par minute. (du moins au départ de l'entreprise, puis ils seront toujours deux, mais travaillant par brigade).

l A chaque extrémité de la ligne, un poste de Direction. Pour notre région, en 1823, un Directeur était en poste à Bordeaux et un autre Directeur à Bayonne. Seuls, ces directeurs connaissaient le code ou "vocabulaire" des signaux chiffrés reçus. Chaque signal transmis était effectivement un chiffre ou un nombre. Ainsi le nombre 91 transmis était traduit par "République" etc... Le dit code ou "chiffre" a été élaboré par Prosper Delaunay, parent de Chappe, ancien Consul du Portugal, mais il n'était pas le seul.

4 - LE MATERIEL, LES LUNETTES

l Le système "visible" à l'extérieur est constitué d'un mat fixe vertical, sur lequel pivote, par un jeu de poulies, un pièce de bois transversale baptisée "régulateur" et dont les extrémités sont également pourvues de pièces mobiles dites "indicateurs". Le tout est construit en chêne dans les ateliers des frères Chappe. L'ensemble de ces bras articulés a toutefois une hauteur de 7,79 mètres : c'est dire qu'il fallait que le support de maçonnerie (ou tour-relais) soit construit de manière massive et fort résistante notamment aux ancrages.

l Quant au jeu subtil du mécanisme des poulies et double-manivelles, la conception a été fortement conseillée par le génie d'un horloger, Abraham Bréguet. Tout le mécanisme de maneouvre étant situé à l'intérieur, sous la toiture, afin qu'il soit à l'abri des intempéries. La serrurerie étant construite dans les ateliers des Chappe.

l Une des difficultés de la mise en place des tours Chappe est de choisir les distances entre tours. Pour cela il fallait que les agents ou stationnaires disposent de lunettes ou télescopes de bonne qualité. Hors au moment des premiers essais des frères Chappe, il n'existe pas en France de fabricants de lunettes de bonne qualité. Alors le Comité du salut Public va fournir au citoyen Fréminville, les subsides nécessaires à la fabrication de lunettes de visée de qualité. Il va d'ailleurs faire fortune avec quelques 1100 lunettes fabriquées pour le réseau Chappe, mais il en fabriquera aussi pour les gardes-côtes et les sémaphores côtiers. Par la suite plusieurs fabricants se partageront le marché. Ces lunettes ou longue-vues spéciales sont rares à ce jour. on en connaît une cinquantaine d'unités. Un exemplaire de ce type de longue-vue est conservée au Musée de la Mer à Biarritz. C'est celle du sémaphore côtier, mais cette lunette est rigoureusement identique à celle utilisée par les stationaires en poste.

5 - UNE AFFAIRE DE FAMILLE

Le télégraphe sera pour les frères Chappe une véritable Entreprise (rentable) familiale :

n Claude (1763-1805), le 2° fils, ou l'inventeur, est nommé Ingénieur du Télépgraphe et s'occupera de la construction du réseau de Lille, Brest, et Strasbourg.

n Ignace (1762-1829), l'aîné, fut Administrateur des Télégraphes et gère l'Administration Centrale. On lui doit de plus, un ouvrage fondamental sur l'histoire de la Télégraphie.

n Pierre-François (1769-1834), est également Administrateur dans l'ombre d'Ignace.

n René (1769-1854), est Directeur de Station à Bruxelles puis remplacera son frère Pierre-François.

n Abraham (1773-1849), est Directeur du Télégraphe de la Grande-Armée. C'est lui qui supervisera les travaux de ligne Paris-Bayonne.

6 - La FIN DE L' ORGANISATION CHAPPE EN 1830

l En 1830, prend fin la gestion du télégraphe aérien par la famille Chappe. Claude et Ignace sont morts. Abraham avait pourtant montré beaucoup de dynamisme pendant l'Empire et la Restauration, mais il n'avait pas pu obtenir la création de nouveaux réseaux. En 1830 Abraham étant absent, c'est René (le moins doué) qui était présent à Paris, il refusa de prêter serment au nouveau gouvernement et causa l'éviction définitive de la famille Chappe. C'est avec amertume qu'Abraham, Pierre-François et René quittent la Direction en demandant leur retraite. Une nouvelle équipe arrive, et un jeune Administrateur de 35 ans prend la Direction du Service Télégraphique le 31 Mai 1831, il s'agit d' Alphonse FOY.

Il est l'acteur principal de la suite de cette communication.

7 - LES TOURS CHAPPE

l Sur un itinéraire ou tracé projeté, comment s'effectuait le choix des sites ? Deux agents ou Inspecteurs du Télégraphe recherchaient des points "hauts" et effectués des essais de visibilité en placant une botte de foin sur un mat sommaire, de 10 ml qu'il faisait construire localement. Il y a eu, içi ou là, en France des plaintes de citoyens qui se questionnaient fort des allées et venues de ces "étranges étrangers". C'est ainsi que les inspecteurs repéraient les sites sur lesquels les entreprises de maçonnerie, consultées par Appel d'Offres, réalisaient par la suite, pour l'Entreprise Chappe, des tours-relais.

l Ces tours étaient pratiquement toutes du même modèle, leur caractéristique essentielle est d'être trappue, massive, de section généralement carrée. Le dessin çi-contre, est le modèle-plan utilisé pour les consultations et devis : c'est de plus le dessin-élévation du site du Muret dans les Landes. La ligne de Paris à Bayonne se caractérise par des stations d'un même type, tour carrées avec toitures pyramidales, les hauteurs pouvant varier de 3 à 20 ml.

l De la ligne de Bordeaux à Bayonne, établie en 1823, seule subsiste à Gradignan la tour Chappe, au lieu dit "Laburthe" est installée dans la propriété des Sourds et Muets. AMITHEL (qui n'est pas le propriétaire de la tour) étant l'Association pour le Musée et l'Histoire des Télécommunications d'Aquitaine, qui ayant acquis récemment cette tour, l'a mis en valeur après restauration et conservation. Cette Tour est sans mécanisme intérieur. (Votre serviteur étant sociétaire de cette association).

l Une autre tour Chappe existe également sur ce tracé, dans les Landes, mais la tour ne fut pas construite à cet effet. Pour la circonstance le relais Chappe fut installé au sommet du clocher de Labouheyre. Il suffit d'examiner ce clocher pour se rendre compte du volume massif et imposant des constructions que recherchaient les responsables télégraphiques de l'époque. La tour Saint-Michel à Bordeaux servit également de relais pour le télégraphe Chappe.

8 - L' EXPLOITATION A BAYONNE 1823-1853

l Le télégraphe fonctionne donc à Bayonne à partir du 3 Avril 1823. Le dernier relais ou Tour Chappe desservant le site de Bayonne est situé à Saint-Esprit, alors commune des Landes. Une tour carrée fut construite à 400 m au Nord-Ouest du clocher de Saint-Etienne, dans un champ de la propriété Plassin et de la ferme Talouchet en un lieu-dit, à cette époque, "Pointe du Télégraphe", pointe allant de l'angle du chemin de Hargous et de la rue Casamajou. Il ne reste rien de cette tour.

l Pourtant, les cartes cadastrales de 1831, portent la mention Direction du Télégraphe au quartier Saint-Etienne, et ce, à l'emplacement du marbrier au carrefour Matras actuel.

l C'était l'emplacement du Directeur à Bayonne, en fin de ligne, directeur chargé de recvoir les dépêches du dernier relais, de des décoder (lui-seul connaît le "vocabulaire" ou code), et de transmettre en clair les messages aux autorités administratives en poste à Bayonne.

l Ce directeur en 1823 est Monsieur Vergé, son adresse est rue Maubec à saint-Esprit (Landes). Cela va lui poser quelques problèmes de changer de département pour transmettre des dépêches. C'est pourquoi tout en maintenant le bureau directorial à la rue Maubec, dès décembre 1823, Monsieur Vergé s'installe an numéro 3 de la Place d'Armes à Bayonne. En 1824, son successeur, Monsieur Prévost, le remplace en s'installant au numéro 30 des arceaux Port neuf, puis en Mars 1826, Prévost s'établit rue de l'Evêché, dans le même bâtiment que la Direction de la Poste aux Lettres. Par la suite, jusqu'en 1853, vont se succéder messieurs Marguerie et Rossary à la Direction du Télégraphe.

l La ligne Paris-Bordeaux-Bayonne fonctionne ainsi de 1823 à 1853. En effet l'exploitation par système Chappe s'arrêra le 21 Août 1853, avec l'arrivée du télégraphe électrique.

9 - LE PROLONGEMENT DE LA LIGNE EN 1847

l En 1846, la ligne télégraphique Bordeaux-Bayonne fonctionne depuis 23 ans. Son seul défaut est qu'elle se termine à Bayonne, soit à 34 Km de la frontière espagnole. Rossary est Directeur à Bayonne, et Alphonse FOY est le Directeur Général de l'Administration du Télégraphe à Paris.

l La France s'interesse de près aux événements politiques espagnols. Une dépêche Chappe du 6 Avril 1846 de Bayonne à Paris, apprend que la future Reine Isabelle II est "nubile" et donc à marier. Les anglais ont un prétendant à proposer, et les français le dernier fils de Louis-Philippe. De plus, le frère de Ferdinand VII, Don Carlos a été écarté du pouvoir au profit de sa nièce, et est une menace pour la future reine.

l C'est dans ce contexte politique, que le directeur Alphonse Foy va employer toute son énergie pour réaliser une liaison directe télégraphique de Paris à Madrid. une étude des sites entre Bayonne et la frontière va être menée avec célérité. Restait le raccordement avec l'Espagne...

l Côté espagnol, la télégraphie aérienne existe, mais le réseau est très insuffisant. Une ligne de Madrid à Cadix n'a jamais été achevée, une ligne expérimentale avec le systéme "Laréna" est crée entre Madrid et Aranjuez et à San-Ildefonso en 1831, et on apprend que Don Juan José Laréna recherche des renseignements sur le système français et cherche à recruter un homme de l'art du système Chappe. Les essais de José Laréna, ne sont pas concluants pour le gouvernement espagnol, qui en 1837, supprime les liaisons expérimentales. Larena propose son système à Alphonse Foy, afin de l'adapter au système français, et peut-être d'envisager une liaison internationale.

l Un décret de Juin 1845 nous signale la création d'une ligne télégraphique entre Madrid et Irun, mais avec un système nouveau pour l'Espagne, puisqu'il s'agit du système de Don José Maria Mathé (Colonel à l'Etat-Major de l'Armée Espagnole). Caractéristique principale : c'est un voyant qui se déplace sur 12 niveaux horizontaux qui se ferment, qui forment un code chiffré. Un ballon latéral avec 6 positions se déplaçait permettant de transmettre les signaux de service. Le premier message de Madrid à Irun est daté du 2 Octobre 1846.

l Alphonse Foy signale en 1846 à son directeur de Bayonne que le système Mathé d'Irun comporte, à son avis, pas assez de vocabulaire, ou signaux. Alphonse Foy veut toujours réaliser la jonction entre les 2 différentes lignes. Nous disposons d'une nombreuse correspondance d'Alphonse Foy relative aux difficultés pour lier les 2 systèmes, soit à Béhobie, soit à Irun. Il n'y arrivera d'ailleurs pas : une difficulté majeure étant la communication réciproque des "vocabulaires" ou codes secrets des signaux de chacun des états. Il y a donc eu blocage à ce niveau, et la liaison internationale Paris-Madrid comporte une "rupture" de 2 Km entre Irun et Béhobie.

l En septembre 1846, le Directeur de Bayonne Rossary est invité à rechercher des sites pour le prolongement de la ligne jusqu'à Béhobie. Un Directeur adjoint est nommé à Bayonne pour cette tâche; Monsieur de Gros. La construction des tours de Biarritz, Guéthary, Ciboure, Urrugne s'effectue fin 1846 et le 11 Janvier 1847, le Directeur de Bayonne reçoit le nouveau "vocabulaire" pour la ligne Bayonne-Béhobie, officiellement en service. Son exploitation se terminera en Août 1853 avec l'arrivée du télégraphe électrique.

10 - LES DIVERS SITES CHAPPE SUR LA CÔTE - BASQUE

l Les sites des tours Chappe de Bordeaux à Béhobie sont extrêment bien situés et décrits, dans l'étude du Président de la SSLA de Pau, JF Massié, réalisée en 1968. C'est un ouvrage de base sur la télégraphie locale. Toutefois, les chercheurs ont poursuivi leurs efforts, notamment au sein de la FNARH (Fédération Nationale des associations de Personnel des Postes et Télécommunications), et dont les travaux (notamment ceux de MM. Ollivier, Boubault, L'Hospital, Ludwig) m'ont conduit à vous exposer les derniers éléments dénichés. (Ce résumé traduisant les multiples communications des chercheurs de la FNARH dans les divers colloques d'histoire des communications, notamment en 1993, pour le bi-centenaire du système Chappe).

l Le prolongement de la ligne de Bordeaux-Bayonne à Béhobie, va nécesiter la construction de nouvelles stations : Biarritz, Guéthary, Ciboure, Urrugne, Béhobie;

 

BIARRITZ : le site Chappe est à la cote altimétrique de 69 m, et situé au quartier saint-Martin, à 240 m de l'église, dans une rue, aujourd'hui allée des Frênes, et jusqu'en ~ 1955, avenue du télégraphe. La tour carrée, massive a été démolie en 1937, lors de la vente du terrain occupé à ce jour par un garage. On voit sur une mauvaise photo, une vue d'une partie de la propriété, avec la "masse" de la tour Chappe.

GUETHARY : du site Chappe, nous connaissons l'altitude du signal, soit 76 m, la tour est également carrée construite à proximité du clocher. Il n'en reste aucun vestige.

CIBOURE : de la position de la tour, le professeur Massié évoquait la possibilité que la tour-clocher de Bordagain serait la tour utilisée par l'Administration Chappe. Il avait raison de douter : en effet les cartes cadastrales ne signalent ce clocher comme point de signalisation ou géodésique. Mais pas de référence au télégraphe. Les archives du Ministère des PTT signalaient la tour Chappe sur le site de Bordagain. Les indications du site de Ciboure sont claires, le lieu de travail des stationnaires est une tour carrée, trappue, située à côté de l'Eglise de Bordagain à l'altitude de 81 m. Cette tour de signalisation existe toujours, et a été formellement identiée par les chercheurs de la FNARH. De plus, une autre tour Chappe exactement similaire, en tout point, au centimètre près, existe également sur la ligne Bayonne-Paris, au Sud d'Orléans. Ci-contre une photo récente de cette tour Chappe, la seule en bon état dans notre région. De plus, les recherches ont permis de trouver la maison d'habitation des 2 stationnaires de cette tour, dans une rue adjacente du site. La confirmation a été recherchée par les actes notariés. N'empêche que cette tour est aussi dite tour du pendu, car un de ses habitants au début du XX° siècle, s'y est pendu.

J'ajoute que cette carte-postale de Bordagain datée de 1905, récemment dénichée, nous montre la colline nue, le clocher et l'église et la tour Chappe, donc parfaitement visible à des km à la ronde. Il n'empêche que le clocher Bordagain est toujours un point géodésique, et qu'il a probablement servi de poste d'observation militaire, (voire d'autre type de signalisation) mais en aucune façon de tour-relais des frères Chappe.

URRUGNE : la tour est située au lieu dit La Croix des Bouquets. C'est une tour carrée, construite à l'altitude de 145 m. Son emplacement est localisé mais un vestige existe encore à ce jour. On pense à la propriété, qui, lors du dernier conflit mondial a servi de siège aux services spéciaux allemands, qui avaient de cet emplacement une vue parfaite des Pyrénées et de la baie d'Hendaye. Ce site a été découvert récement, voir paragraphe 13.

BEHOBIE : C'est le poste final, celui du Directeur en fin de ligne, qui d'ailleurs avait un nom prédestiné puiqu'il se nommait Monsieur Lespagnol. Les dépêches lui parvenaient de l'Ambassadeur d'Espagne, via Irun, en espagnol, elles étaient traduites par un traducteur (bénévole), le Commandant Suarez, puis codifiées par le Directeur avant l'émission par le système Chappe.

Le site est à l'altitude de 14 m. Son emplacement exact dans la ville fait toujours l'objet de recherches approfondies. Nous connaissons toutefois la conception du site, une tour en élévation intégrée dans une habitation : ce type de bâtiment pour Directeur, conçu des frères Chappe existe encore de nos jours, notamment à Bordeaux, au siège du Directeur en tête de Ligne, Boulevard Aristide Briand (actuellement n° 66 Cours Aristide Briant). Pour compléter, les rapports de stationnaires de l'époque font état d'une tour carrée n élévation sur une maison également carrée, dans le "bas-fond" de Béhobie. En fait nous avons trouvé la maison Dorbe baita, de forme carrée, qui correspond parfaitement aux critères ci-dessus, et dont les soubassements sont en pierre de taille du pays, la même pierre que celle utilisée dans la tour de la Croix des Bouquets d'Urrugne (voir plus loin).

De la Croix des Bouquets à Béhobie, la "visée" Chappe en plongée dans la vallée devait être précise. Cela n'est pas évident lorsqu'on visite les lieux. et pourtant, rapportez-vous au paragraphe 13 ci-après.

11 - LE SEMI-ECHEC DE MONSIEUR ALPHONSE FOY

l Le prolongement de la ligne Bayonne-Béhobie fut toutefois un échec d'exploitation. En effet, on notera statistiquement en 1847, que 237 dpêches partent de la Direction de Bayonne, et 55 dépêches seulement au départ de la Direction de Béhobie. Dans l'autre sens, de Paris vers bayonne, 21 % des dépêches recues à Bayonne, sont "retransmises" à Béhobie. Il faut dire la difficulté du Directeur de Béhobie, de rechercher (par un piéton) le message arrivé à Irun, le traduire par le Commandant Suarez, puis le coder en signaux et réciproquement. Cela n'était pas viable. Au sein des associations des Télécom précédemment citées, nous diposons des correspondances et notes relatives aux installations ou difficultés des lignes de Bordeaux à Béhobie. Cette présente communication n'est qu'un résumé.

l Le projet d'avant-garde d'Alphonse Foy consistant à permettre la liaison de 2 systèmes différents de communiquer n' a pas eu de succès. Ce projet préfigurait toutefois les télécommunications internationales d'aujourd'hui.

12 - ET QUELQUE INTERROGATION

l Il reste des interrogations sur ce prolongement Bayonne-Irun.

l Alphonse Foy n'a pas tenu compte des remarques de ses "prédécesseurs" de 1823 qui ont arrêté la ligne de Paris à Bayonne.

l Alphonse Foy a fait prolonger la ligne en 1846, alors qu'en France, à cette époque, le télégraphe électrique est en plein développement dans le Nord. Alphonse Foy a lui-même assurer ce développement. Il s'avait donc déjà, que la télégraphie aérienne Chappe était à très court terme condamnée. Alphonse Foy a poursuivi toutefois, son grand projet de liaison internationale.

l Mais Alphonse Foy a-t-il financé la construction espagnole de Paris à Irun ? On le suppose et nos collègues chercheurs "tras montes" devraient nous fournir des renseignements. Une chose annexe plaide en faveur cette hypothèse de travail : le 3 mars 1847, Alphonse Foy est fait Chevalier du Nombre Ordinaire de l'ordre Royal de Charles III.

13 - LA DECOUVERTE RECENTE DU SITE DE LA CROIX DES BOUQUETS D' URRUGNE

Le site de la "Croix des Bouquets" à Urrugne a fait l'objet de beaucoup de recherches restées vaines, jusqu'en 2008. Un adhérent , Directeur à France Télécom de Bordeaux, Monsieur LHOSPITAL († ) lui a consacré toute sa vie, toute son énergie pour retrouver une trace. Ce n'est qu'en 2008, grâce au concours de Monsieur Lalanne (société Yakintza de Ciboure) et qui connait très bien le terrain, que nous pouvons être sûr de l'authenticité de la découverte. La tour Chappe est située dans la propriété Mendichxa (altitude 145 ml), qui lors de la 2° guerre mondiale a servi de siège aux services spéciaux allemands, qui avaient de cet emplacement une vue parfaite sur les Pyrénées et la baie d'Hendaye. Sur ce site figure toujours une tour de 4,00 x 4,00 ml (PK 75 pour les militaires), tour qui est arasée mais d'ou on distingue nettement le site de Bordagain d'un côté, mais aussi le bas de Béhobie, de l'autre. Bien que récement arasée, cette tour n'avait pas besoin d'être très haute afin d'apercevoir le site de Béhobie. Cette tour (voir photo) devenue une porcherie, étant englobée dans une construction (rajouts sur les côtés) plus récente qui la rendait à l'observation, quasi-impossible. On trouve d'ailleurs dans cette tour, la maçonnerie, de pierre de taille de la région, et dont la même pierre se trouve dans les soubassements de la tour carrée de Béhobie, la maison Dorbe baita, maison qui aurait été le siège de la Direction du télégraphe de Béhobie (alors ques batiments adjacents n'ont pas du tout cette pierre de taille dans leur élaboration).

14 - LA TOURS de LANNES d'ANGLET ainsi que celle de MARRACQ de BAYONNE

l Les connaissances du réseau télégraphique aérien Chappe, de notre région, au sein de la FNARH sont importantes et sont régulièrement enrichies par les chercheurs. Nous connaissons avec certidude, les agents du télégraphe ou stationnaires de l'époque, leurs salaires, leurs horaires. Leur site de travail est également bien décrit. Malgré les connaisances communiquées, parfois il est "signalé" des tours existantes dans notre région, comme vestiges de tours Chappe. C'est le cas de la tour dite de Lannes à Anglet que certains (imprudement) baptisent de tour télégraphique de Lannes. Est-ce que c'est une tour de gué? un pigeonnier? un moulin à vent ? ou encore un silo à grains ? En ce qui concerne la tour dite Lannes à Anglet, la réponse est claire, ce ne sont pas des tours du système télégraphique Chappe. (Nous n'avons aucun vestige ou de trace de télégraphiste ou stationnaire en poste à Anglet, mais exclusivement à Bayonne et Biarritz). La tour de Marracq de Bayonne n'est qu'une tour d'observation militaire à l'usage de la garnison alors en poste sur ce site.

 15 - CONCLUSION

l Le réseau tel que l'avaient conçu les frères Chappe, est le premier signe tangible d'un réseau réel de télécommunications. Il reste dans notre région quelques rares vestiges tels que Gradignan (Gironde), Labouheyre (Landes) ainsi que Ciboure (Pyrénées-Atlantiques) et maintenant la Croix des Bouquets à Urugne (Pyrénées-Atlantiques).

 l J'espère que ces quelques lignes vous auront intéressé.

 

 Références : Actes du 8° colloque de la FNARH des 13-15 octobre 1993 - Communication de Monsieur Boubault

  Communication de Monsieur Michel Ollivier - janvier 2010

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